The Lingerie Place (FR)

Les belles promesses D’URTICA

24 avril 2019

L’utilisation de la fibre d’ortie pour la confection de vêtements appartient à l’histoire. Elle s’est raréfiée au fil du temps pour totalement disparaitre dans les années 1920. Trois variétés d’ortie fournissent leurs fibres aux textiles : l’ortie chinoise (ramie), l’ortie népalaise, et l’ortie européenne. Maîtrisée depuis une dizaine d’années en Allemagne où des essais de semaison sont menés, elle est plantée en France depuis 3 ans grâce à une entreprise lorraine qui a fait le pari de relancer la production française.

Pierre Schmitt, fervent défenseur de la filière textile européenne, visionnaire et dirigeant du groupe Velcorex, adhère à ce projet et le soutient ardemment au nom de l’une de ses sociétés, Emanuel Lang.

Pourquoi vous intéressez-vous à la fibre d’ortie ?
Pierre Schmitt / L’ortie est une plante libérienne qui se plait chez nous-: les fibres se trouvent donc dans l’écorce.
L’ortie repousse toute seule pendant 10 ans sur le même sol. Plus elle vieillit, meilleure elle est. Elle ne consomme pas d’eau, n’a besoin ni d’engrais ni de pesticides. L’ortie fait partie de notre patrimoine, elle appartient à notre histoire textile. Elle est notre héritage. Pourquoi mépriser une plante qui a toutes les vertus ? Dont celle de nettoyer les sols et l’eau. L’ortie est nitrophile c’est-à-dire qu’elle se nourrit des nitrates. Nous sommes d’ailleurs en contact avec une l’Agence de l’eau afin de leur expliquer comment une station de dénitritation pourrait être remplacée par quelques hectares d’ortie.

Quelles sont les qualités de cette fibre ?
P.S. / C’est une longue fibre qui est écologique. Les fibres d’ortie donnent un fil très doux, beaucoup plus doux que le lin par exemple, et légèrement brillant. Les rubans de fibres d’ortie ressemblent à s’y méprendre à de la soie. Les tissus en fibre d’ortie sont hydrophiles, antibactériens, imputrescibles. Ces qualités intrinsèques sont très intéressantes pour l’habillement.

Peut-on réellement relancer la filière ?
P.S. / Je le crois fermement. Certes on a perdu des pans entiers de notre histoire textile et agricole en délocalisant.
On les a abandonnés pour tomber dans la facilité en privilégiant les bas coûts d’un coton importé d’Asie tristement auréolé d’une production toxique. Cela a eu des effets pervers. Aujourd’hui les choses changent, les esprits sont plus ouverts, plus curieux. On prend conscience qu’il existe une filière de substitution qui ne pourra se développer sans une réelle volonté de réhabilitation de la filière. Pour cela il faut fédérer tous les acteurs de la filière en mutualisant toutes les expériences au niveau européen ou au moins au niveau français pour pouvoir atteindre une dimension industrielle. Ce n’est pas évident, car on a bel et bien perdu l’habitude de travailler en filière. Mais seule l’automatisation de la production nous permettra d’atteindre les prix du marché pour les tissus en fibre d’ortie qui sont, pour l’instant, 2 à 3 fois plus cher que le lin.

Quelles sont les perspectives de développement sur le marché textile ?
P.S. / Elles sont prometteuses si on arrive à regrouper les compétences, à les motiver, et surtout à nous adapter aux matières naturelles. Nous n’allons pas changer le comportement de l’ortie. Nous maîtrisons la plupart des étapes, le peignage, le cardage, le tissage. Le défibrage de la fibre reste une opération compliquée. Nous devons nous appuyer sur l’expérience des professionnels du lin par exemple, ou expérimenter d’autres techniques. Nous avons les moyens techniques : nous possédons dans la région, en Alsace, le leader de la filature longue fibre, Schlumberger.
Reste à débloquer quelques verrous technologiques et à ouvrir les verrous culturels car nous sommes au centre des politiques de Responsabilité Sociétale des Entreprises.

Et sur le marché de la lingerie ?
P.S. / Nous sommes les premiers aujourd’hui à proposer, pour le marché du jeanswear et du sportswear, des toiles denim 100% fibres d’ortie, en utilisant un fil nm 15. Les premiers jeans en fibres d’orties népalaises sont commercialisés sous notre nouvelle marque propre, Matières Françaises, et commercialisés dans notre boutique éponyme située à Colmar. Le marché de la lingerie a besoin de titrages plus fins, avec des fils de nm 50 pour la maille. Ceci étant, les fils d’ortie sont des fils cellulosiques qui se mélangent très bien au Tencel ou à la laine. Ces mélanges offrent des supports plus fins. Avec ses qualités soyeuses et bactéricides, l’ortie a toute sa place sur le marché de la lingerie. D’autant plus qu’il devient de plus en plus exigeant sur l’origine naturelle et écologique de ses matières.

Comment est accueillie cette fibre ?
P.S. / Le consommateur est d’abord très surpris mais aussi rassuré par les performances écologiques de l’ortie. Il montre tout de suite un grand intérêt pour cette plante qu’il connaît bien, mais autrement. Cette fibre a donc un énorme potentiel à condition que chacun se mobilise : le monde agricole, les industriels, les textiliens jusqu’aux designers.

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