Interview de Kay Liu, REDRESS

6 novembre 2018

Kay Liu, Directrice Education, REDRESS

1. Etat des lieux : Quelles sont les matières naturelles les plus utilisées dans le secteur du textile aujourd’hui ?

Ce sont les matières synthétiques qui dominent le marché, dont le polyester qui représente aujourd’hui plus de 60 % des textiles utilisés. Le coton reste la fibre naturelle la plus répandue (22 % du marché global), même si sa popularité a diminuée au fil des ans au profit des synthétiques. Vient ensuite la laine qui représente environ 1 % du marché global.

 

2. Côté consommateur, ces matières sont-elles bien perçues ? Quelles sont celles qu’ils achètent le plus ?

L’une des raisons principales de la baisse d’utilisation des fibres naturelles est leur coût, car il existe des matières synthétiques moins chères. Néanmoins, les nombreux avantages des fibres naturelles pour les consommateurs sont bien connus, tels que la respirabilité et la compatibilité avec les peaux les plus sensibles, même irritées … De ce fait, au vue des questionnements récents autour des fibres synthétiques et de l’impact des microfibres sur la biodiversité de nos océans (à cause du lavage), les fibres naturelles produites de manière durable seront certainement de plus en plus plébiscitées

 

3. Est-ce que la matière est le seul critère de l’engagement des consommateurs aujourd’hui ?

Du point de vue du durable, les fibres sont parmi les critères les plus importants dans le choix d’un vêtement : cela va de la qualité et de la longévité de la matière, jusqu’à son impact sur la biodiversité et sur les écosystèmes environnants au moment de sa fabrication. L’identité des fibres utilisées est souvent la seule information sur l’article communiquée aux consommateurs grâce à l’étiquetage d’entretien. Au moment de l’achat, la fibre est donc devenue un critère essentiel de l’engagement durable.

Néanmoins, les consommateurs devraient questionner les marques sur de nombreux autres éléments, comme par exemple le pays d’origine, la manière et les conditions de fabrication d’un vêtement. Il faut également être attentif au procédé de teinture de l’article, mais aussi aux éventuels ennoblissements et finitions. Tous ces détails peuvent impacter les êtres humains et la planète.

 

4. Ces dernières années, les marques textile ont-elles renforcé leur engagement écologique ?

Oui! Ces dernières années, nous avons vu émerger de nombreuses innovations et évolutions positives dans l’industrie textile. Il s’agit de réduire l’impact au niveau de la production, avec des fibres telles que Naia™ et Tencel™ qui démontrent qu’il est possible de récupérer et de réutiliser près de 100% des produits chimiques pendant la production, réduisant ainsi la pollution toxique. En même temps, des fibres telles que Bolt Threads montrent que nous pouvons apprendre de la nature, et des matières comme Econyl (issues du recyclage de vieux filets de pêche en nylon) jouent un rôle actif dans le nettoyage des déchets à l’échelle planétaire.

 

5. Quelles sont les innovations à noter sur l’utilisation de nouveaux matériaux naturels ?

En tant qu’association focalisée sur les déchets, certaines des innovations actuelles les plus marquantes se passent en fin de vie des fibres naturelles. Auparavant, la technologie adaptée n’existait pas à l’échelle industrielle pour extraire et recycler les fibres naturelles, surtout en mélange avec d’autres fibres. Ainsi, le recyclage a toujours été synonyme de ‘downcycling’ en termes de valeur des ressources d’origine perdue. Au niveau international, moins de 1 % des vêtements sont actuellement recyclés en nouveaux articles à la fin de leur cycle de vie. Les innovations portent sur le recyclage chimique, grâce auquel nous serons bientôt capables de séparer, récupérer et recycler les fibres pour les transformer en fibres équivalentes sans perte de qualité. Ceci réduira les besoins en fibres vierges et permettra de lutter contre la surexploitation des terres agricoles et la déforestation pour l’agriculture partout dans le monde.

Parmi les autres développements intéressants : une meilleure utilisation des fibres qui n’étaient pas destinées au secteur de la mode – Tengri est un bon exemple de marque ayant transformé un ancien sous-produit de l’industrie de laine de yak en une fibre utile pour la mode. Piñatex (une alternative au cuir, faite en fibre de feuille d’ananas – un sous-produit de l’agriculture) et la fibre d’orange (une cellulose fabriquée à partir des déchets de la production de jus d’agrumes) illustrent également à quel point les approches originales et créatives sont essentielles pour fournir des solutions plus durables.

 

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