Rencontre avec Corentin Potencier, Responsable de l’entreprise Potencier Broderies

14 mars 2019

Profondément liée à l’univers de la mode, la broderie fait partie du patrimoine français, malgré ses origines suisses. Porteuses d’un savoir-faire artisanal unique, les cinq générations de Potencier qui se sont succédées à la tête de l’entreprise ont de plus conquis le monde de la lingerie.

Avez-vous constaté une évolution dans la demande sur les broderies ?
Corentin Potencier / C’est vrai qu’il y a une dizaine d’années, les broderies du marché de la lingerie étaient assez lourdes et riches, très visuelles et marquantes. Aujourd’hui on va plutôt partir sur des choses fines et très délicates. Comme dans la mode. Du coup, les dessins ont évolué dans cette direction et nos techniques aussi. Pour la lingerie, nous faisons beaucoup de motifs très différents de notre travail habituel avec cette grande nouveauté d’habiller le dos. Nous avions l’habitude de vendre une broderie destinée à venir se greffer sur les bonnets. Aujourd’hui, les maisons de lingerie ont décidé que le dos est tout aussi important et proposent des modèles très élaborés autour des bretelles.
La tendance actuelle qui tend vers des modèles confortables et très épurés sollicite notre créativité pour apporter des motifs brodés d’une grande délicatesse et vecteurs d’un certain chic.

Et il s’agit surtout de montrer sa lingerie ?
C.P. / Tout à fait ! Quand une femme porte un débardeur ou un dos nu, ce travail des bretelles prend du coup tout son sens. Le design penche plus vers le géométrique mais cela varie selon les marques. Le floral reste une option appréciée. De toute façon, nos collections s’articulent toujours autour de ces deux thèmes graphiques. Pour plus de sophistication, nous allons mélanger les deux, faire des choses un peu plus fusionnelles. Garder toujours un même savoir-faire pour une offre totalement différente.
Considérant que la broderie est toujours un peu plus chère que la dentelle, il faut que nos créations représentent une réelle valeur ajoutée, comme peut l’être la guipure. Ce travail du fil pour des choses très fines, recousues ensuite sur du tulle, va apporter quelque chose de plus couture. Avec une lingerie fortement influencée par le prêt-à-porter, on se doit d’avoir une offre plus mode.

Quelle est l’expertise de la broderie française et plus particulièrement de votre Maison ?
C.P. / Je pense que l’on fait notamment appel à nous pour l’étendue de nos archives qui remontent à notre création en 1883. Nous inventons en permanence autour de broderies vieilles de 100 ans mixées avec des choses plus contemporaines : il est essentiel d’être inspiré et réactif. La base de notre métier étant le travail du dessin, nous mettons énormément d’énergie dans le développement créatif.
Nous essayons aussi de toujours innover en matière de technique, en transformant la mécanique de nos métiers, notre machine principale.
C’est là que nous allons créer nos broderies après plusieurs étapes essentiellement manuelles. L’homme reprend ensuite la main une fois que la broderie est tombée de la machine, suit toute la partie sublimation. Il s’agit de laver puis teindre, chauffer… Autant d’étapes très importantes qui vont donner ce caractère d’exception à nos broderies.

Le savoir-faire manuel reste t-il primordial ?
C.P. / Au delà de la technicité et du savoir-faire, il faut considérer la quinzaine de personnes qui aura travaillé sur une broderie. Sans cet élément, nous ne pourrions rien faire, chacun apportant sa pierre à l’édifice
pour construire la broderie que nous souhaitons vraiment réaliser. Même si c’est mécanique, l’humain est très important dans les étapes de création.
Comme dans le passé, la programmation est faite manuellement pour l’envoyer sur le métier à broder ; le technicien pique point par point le chemin de l’aiguille sur le support.

Êtes-vous sollicité autour des fibres naturelles ?
C.P. / C’est vrai que dans le prêt-à-porter, nous commençons à utiliser des fils bio ou recyclés. Moins en lingerie mais nous y viendrons surement.
Rien ne nous l’interdit, ce n’est qu’une question de coûts. Je pense qu’on y viendra quand l’offre sera plus accessible donc moins onéreuse. Même si l’incidence n’est pas fondamentale sur la broderie au-delà bien sûr de la démarche éco-responsable : ça n’apporte rien visuellement d’utiliser un fil bio ou un fil classique.

Pour vous la broderie est un secteur d’avenir ?
C.P. / Je pense effectivement qu’on en aura toujours besoin. Je l’espère et j’y crois. On constate toujours chez nos clients cette envie de sublimer une matière et de lui apporter quelque chose de vraiment différent.
Une création ornementale mais qui n’a rien de superflu. Nous sommes autant sollicités aujourd’hui par la couture que la lingerie. Toutes deux complémentaires, elles se nourrissent l’une et l’autre.

“C’est assez nouveau de voir la lingerie se nourrir du prêt-à-porter, pour proposer des choses très différentes et modernes. Et le prêt-à-porter lui s’inspire de la lingerie dans une certaine recherche de finesse”

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